Wednesday, April 5, 2017

Premiers pas dans la domotique

Il y a quelques mois, en décembre, j'ai fait le pas : j'ai acheté quelques appareils Z-Wave et installé Domoticz sur mon serveur Linux. Cela faisait des années que j'y songeais. Une discussion avec un ami au printemps 2016 avait un peu relancé mon intérêt pour la chose. Et puis il y a eu ces lampes que nous avons installées derrière notre canapé, difficiles d'accès. J'ai tout de suite pensé à installer un interrupteur sans fil. S'est alors posée la question de savoir si j'allais acheter un système propriétaire, moins cher, juste pour les lampes, ou réfléchir à une solution plus globale (Z-WaveZigbee, etc.). J'ai vite opté pour la seconde option.

Après avoir (rapidement, je l'admets) comparé les solutions Z-Wave et Zigbee, j'ai finalement choisi Z-Wave, qui m'avait été recommandé par mon ami et me semblait plus prometteur.

Dans la pratique, j'ai installé un contrôleur Z-Wave USB sur mon serveur Linux (Z-Stick ZW090, génération 5, d'Aeon Labs), puis installé Domoticz, sous Ubuntu. Disons-le tout de suite : l'installation de la partie logicielle n'est pas très user-friendly. Je ne sais pas si j'ai manqué quelque chose, mais j'ai été obligé de compiler OpenZWave, puis Domoticz, à partir du code source. Il n'y a a priori ni releases ni packages. Si je me trompe, dans ce cas, la documentation est clairement lacunaire.

La détection du contrôleur Z-Wave dans Domoticz est relativement triviale. Par contre, l'installation des différents appareils Z-Wave (prises télécommandées, capteurs de température/humidité, etc.) est un peu confuse. Il faut débrancher le contrôleur Z-Wave (qui fonctionne également sur batterie), appuyer sur un bouton côté contrôleur, puis côté appareil Z-Wave. Je ne me souviens jamais quel code de clignotement de la LED sur le contrôleur signifie que la connexion entre le contrôleur et l'appareil a été faite avec succès. Ni s'il faut presser les boutons brièvement ou longuement, en même temps ou l'un après l'autre. Je dois chaque fois relire la documentation. L'ajout des appareils dans Domoticz est encore plus confus. La navigation est très peu claire. On se retrouve ensuite avec de très longues listes d'appareils et de fonctions, avec des identifiants peu parlants (en hexadécimal, mais pas toujours formatés de la même manière, etc.). Bref, ça n'est vraiment pas ergonomique. Si je trouve cela confus (je suis développeur), j'ose à peine imaginer le "grand public"...

L'autre contrôleur hardware que j'ai installé sert à commander les trois stores électriques que nous avons dans notre appartement et qui ne répondent malheureusement pas à la norme Z-Wave. Il s'agit cette fois d'un contrôleur RFXtrx433E (très moche et volumineux). Sa configuration a encore été plus pénible. Les utilitaires permettant d'ajouter les stores au contrôleur ne fonctionnent que sous Windows. Impossible de les faire fonctionner sous Linux avec Wine ou Mono (j'ai essayé - ça crashe...).

J'ai également acheté un bouton Fibaro, pour commander les lumières derrière notre canapé. Car il faut bien avouer qu'une application sur smartphone (j'utilise pour l'instant Pilot, une application gratuite sous iOS) est peu pratique pour allumer ou éteindre rapidement des lampes. Il faut mettre la main sur son smartphone, le déverrouiller, lancer l'application, repérer le bon appareil Z-Wave, etc.

Et là, déception : je n'ai pas beaucoup insisté, mais, apparemment, le bouton Fibaro ne peut pas encore être intégré dans Domoticz (ou du moins pas facilement). La prochaine version d'OpenZWave devrait résoudre le problème.

A noter encore : la première version de Domoticz que j'ai installée était assez instable, plantant régulièrement. Un crontab redémarrant automatiquement le service domoticz toutes les nuits avaient amélioré un peu les choses. Depuis une mise à jour récente, la situation semble s'être stabilisée.

Les choses sont donc encore un peu chaotiques, mais il y a de l'espoir. L'été passé, il a été annoncé que Z-Wave devrait devenir un peu plus ouvert : "Z-Wave (part of it, at least) becomes an open smart-home standard". De la documentation devrait être rendue publique (ou l'a déjà été ?), ce qui devrait grandement faciliter le travail des développeurs d'OpenZWave, qui devaient jusque alors passer beaucoup de temps à faire du reverse engineering.

Quelques autres problèmes encore : les appareils Z-Wave restent chers. Plus de 60 CHF (donc près de 60 EUR) pour une prise interruptible. En Suisse, qui dispose d'un système de prises particulier par rapport au reste de l'Europe, il n'y a d'ailleurs qu'un seul modèle de prise interruptible incluant la mise à terre et ce modèle reste très encombrant (peu esthétique, pas adapté aux prises multiples car dépassant sur les prises voisines, etc.).

A l'heure actuelle, j'utilise Domoticz pour commander deux lampes derrière notre canapé, pour monter et descendre automatiquement les stores en fonction du lever et du coucher du soleil, pour allumer et éteindre automatiquement la fontaine à eau du chat, ainsi que pour monitorer la température, l'humidité et la luminosité de trois endroits dans notre appartement.

La prochaine étape est d'intégrer le bouton Fibaro.

Les scénarios plus complexes (détection d'intrusion, etc.) attendront encore quelques temps.

Tuesday, March 7, 2017

I've heard it all

En écoutant une interview d'Eric Leeds (saxophoniste de Prince en 1984-89, ainsi qu'en 1994-96 et 2002-03), j'ai été surpris de l'entendre déclarer qu'il n'avait "plus d'intérêt pour la musique" :
"I've got to to be absolutely honest with you. I no longer have interest in music. I mean, as far as the music that I love, which was basically R&B and jazz. I still listen to some young jazz artists, but I don't seek out new music any longer. Which doesn't mean that if I stumble upon something that I wouldn't enjoy it. It's just that, for me, I've heard it all."
C'est une manière de parler, je suppose. Il faut comprendre par là qu'à 65 ans, il ne cherche plus activement à découvrir de nouveaux musiciens et qu'il juge avoir suffisamment exploré l'univers de la musique. J'imagine qu'il a néanmoins toujours du plaisir à jouer, ainsi qu'à écouter les musiciens et albums qu'il connaît et apprécie.

Je dois avouer que j'ai une certaine sympathie pour cette manière de penser, même si je n'en suis pas encore au stade d'Eric.

D'abord, il y a l'effet de l'âge : la musique que nous écoutons durant notre adolescence laisse une trace particulière dans notre cerveau. Il s'agit là d'un biais cognitif qui fait que nous aimons beaucoup plus cette musique-là que celle que nous découvrons plus tard. Je soupçonne que ce phénomène est présent, de manière plus subtile, tout au long de notre vie. Cela réduit du coup fortement les potentiels "coups de coeur" musicaux à partir d'un certain âge.

Ensuite, il y a un phénomène purement physique, presque mathématique : l'espace des possibilités musicales est limité. C'est presque triste à dire, mais, connaissant Miles Davis, j'ai moins d'intérêt pour tous ces jeunes trompettistes qu'on rencontre dans les petits festivals, dans les clubs, etc., même s'ils sont bons, même s'ils sont enthousiastes. Beaucoup d'excellents musiciens ont déjà "ouvert la voie". Au bout d'un moment, il devient difficile d'innover, de trouver un nouveau vocabulaire musical, de nouvelles approches. A l'inverse, tant qu'on n'a pas rencontré un Keith Jarrett, il est plus facile de s'enthousiasmer pour un jeune pianiste doué.

Je sais que je parais forcément un peu blasé, mais je ne dis pas qu'il n'y a de la place que pour un seul guitariste, un seul saxophoniste, un seul groupe de rock, etc. sur cette planète. Je dis simplement qu'un John Coltrane rend la tâche d'un nouveau saxophoniste plus difficile. Il n'y a pas une place infinie dans le monde de la musique. Nos oreilles sont trop limitées pour cela. Ça n'est pas un problème de talent. Beaucoup de gens ont du talent. Mais, au bout d'un moment, le talent, face au génie de certains, ne suffit pas.

Le phénomène ne s'applique d'ailleurs pas qu'aux musiciens, mais aussi aux genres musicaux. On voit bien qu'on atteint parfois les limites, purement physiques, à nouveau, de l'exploration : après 4'33" de John Cage, la noise music (Merzbow, etc.), la black MIDI, etc., peut-on vraiment imaginer quelque chose de véritablement novateur ?

Enfin, il y a notre finitude. Oui, je veux parler de la mort. Ça n'est pas très réjouissant, mais notre temps est limité. Il peut d'ailleurs être utile de représenter chaque semaine de sa vie sous forme de tableau pour se convaincre, intuitivement, au niveau des tripes, que la vie est courte, très courte, et que, par conséquent, notre temps est précieux, trop précieux pour le perdre avec de la mauvaise musique, des mauvais films, des mauvais livres, des mauvaises relations, etc. Ou pas forcément mauvais, mais juste moyens.

Dans cet esprit, et après avoir vu "La La Land", j'ai eu envie de me replonger sérieusement dans le jazz. C'est une musique que j'aime et que je connais, mais pas assez, je l'ai réalisé. En 2017, je vais donc découvrir ou redécouvrir des classiques du jazz : les incontournables que je connais déjà, comme "Kind of Blue" de Miles Davis, "A Love Supreme" de John Coltrane, "Time Out" de Dave Brubeck ou "The Shape of Jazz to Come" d'Ornette Coleman, mais aussi les dizaines d'autres albums que je ne connais que de nom, mais que je n'ai jamais pris le temps d'écouter, et tous les autres, dont j'ignorais jusqu'à l'existence.

Car, contrairement à Eric Leeds, je n'ai pas encore tout entendu.

Saturday, February 18, 2017

Voyager : une source de créativité ?

En lisant "The Subtle Art of Not Giving a F*ck", ces dernières semaines, une idée récurrente m'est revenue à l'esprit. J'aime voyager. Je suis loin d'avoir fait le tour du monde ou même d'avoir mis les pieds sur tous les continents, mais j'aime aller régulièrement dans des pays proches ou lointains. Or, dans son livre, Mark Manson parle de son tour du monde (55 pays) comme de quelque chose qui lui a beaucoup apporté, mais également, si j'ai bien compris, comme quelque chose de négatif. Le fait de visiter un pays de plus, lorsqu'on en a déjà visité quarante ou cinquante apporte moins. Il y avait donc un certain côté addictif, collectionneur à sa démarche. Pour lui, le fait de voyager était également un moyen d'échapper à quelque chose. A ses responsabilités. C'était un moyen pour lui d'éviter de s'engager. Dans des relations ou dans un travail.

Cette réflexion m'a fait me demander si le fait de faire plusieurs voyages par année n'est pas une mauvaise manière d'occuper mon temps et de dépenser mon argent. Est-ce que ces voyages que je fais m'apportent vraiment quelque chose ? N'est-ce pas une sorte de compulsion, qui consiste à vouloir visiter le plus de villes possible, le plus de pays possible ? Une sorte de compétition implicite avec mes collègues, avec mes contacts sur Facebook ? Quelque chose de malsain, autrement dit ?

Et puis, il y a cette découverte il y a quelques mois du concept d'altruisme efficace. Est-il vraiment éthique de dépenser mon argent pour aller à l'autre bout de la planète alors que je pourrais donner cet argent à des associations caritatives ? Ou est-ce plutôt un moyen de prendre d'abord soin de moi pour être plus à même de prendre ensuite soin des autres ?

D'un point de vue écologique (qui revient indirectement à un point de vue éthique), la question se pose aussi : un vol en avion a un impact environnemental loin d'être négligeable.

Il y a enfin la durée d'un voyage : quelques jours, quelques semaines, puis celui-ci prend fin. Il reste les photos, mais l'expérience elle-même est terminée. N'est-ce pas un mauvais investissement ?

Bref, toutes ces questions reviennent régulièrement dans mon esprit, ces dernières années.

D'un autre côté, et c'est quelque chose que je remarque chaque fois, voyager me fait un bien fou. J'ai l'impression de voir les choses différemment. Le voyage donne une perspective unique sur mon quotidien, mon travail, mes relations, mes habitudes, etc. Perspective qu'il me semble difficile, voire impossible d'avoir lorsque je ne suis pas en voyage. Parfois, j'ai même l'impression que ma créativité est exacerbée. Que j'ai plus facilement des idées en voyage qu'en temps normal.

Y a-t-il une explication à ce phénomène ?

Il y a quelques concepts provenant des réseaux de neurones artificiels qui me font penser que ce sentiment positif de renouveau provoqué par le dépaysement d'un voyage pourrait bien prendre sa source dans la manière primordiale, basique dont se comportent les neurones.

Je fais ici une petite parenthèse technique. Lorsque l'on couple le deep learning avec le Q-learning, comme l'a fait une équipe de DeepMind pour apprendre à un réseau de neurone à jouer à des jeux Atari, il est apparemment nécessaire, pour favoriser l'apprentissage, de "rejouer" des "souvenirs de jeu" dans un ordre aléatoire. Si je comprends bien, cela permet à l'algorithme de descente de gradient d'éviter plus facilement de rester bloqué dans des optimums locaux ou de tomber dans des problèmes de vanishing gradients. Autrement dit, le fait de présenter trop d'entrées similaires entre elles au réseau de neurones l'empêche d'apprendre efficacement.

Un réseau de neurones apprend donc mieux si on le soumet à des entrées qui ont tendance à faire changer son état un peu plus que d'habitude (gradients plus importants, etc.).

Encore autrement dit et je simplifie : soumettre son cerveau à des stimuli très différents de ce qu'il a l'habitude de percevoir l'aide à le sortir "d'impasses".

Voyager, voir autre chose que son quotidien, c'est donc un moyen de "réinitialiser" son cerveau pour qu'il soit plus réceptif à de nouvelles expériences.

Et en fait, il n'est même pas nécessaire de faire appel à l'intelligence artificielle pour comprendre que le fait de comparer son quotidien avec d'autres cultures, d'autres langues, d'autres personnes, d'autres paysages, d'autres climats, etc. permet de voir que des choses que l'on considérait comme normales jusque là ne le sont pas forcément. Et par conséquent de déclencher une réflexion, un processus créatif, etc. Et je dirais, intuitivement, que ce phénomène est d'autant plus grand que le voyage est exotique, déroutant.

Personnellement, j'aime bien arriver "brusquement" dans un pays totalement différent, pour que le choc, la "réinitialisation", soit plus efficace. De ce point de vue, l'avion, bien qu'écologiquement peu recommandable, est vraiment idéal.

Quant au problème de la durée limitée des voyages, l'idée que propose la vidéo "How to Travel in your Mind", quoique romantique, est peut-être une bonne piste : nous passons souvent beaucoup trop vite à autre chose, après un voyage, mais il est toujours possible d'y "retourner", en quelque sorte, simplement en utilisant notre imagination. Ou alors en regardant les photos que nous en ramenons. Pas besoin de tomber dans la nostalgie : l'idée est, j'imagine, simplement de se souvenir qu'à tout moment, il existe d'autres endroits, d'autres pays, d'autres cultures. Pour, à nouveau, prendre du recul par rapport à notre quotidien.

Au final, pour faire référence à un autre livre que j'ai lu récemment, "Disparaître de soi", le voyage peut aussi être un moyen d'atteindre ce que David Le Breton appelle la blancheur, à savoir une démarche consistant à se perdre pour mieux se retrouver : "Pour continuer à se mêler aux mouvements du monde, il faut cesser un moment de s’y engager." Dans son livre, Le Breton décrit des démarches plus ou moins malsaines (dépression, jeux vidéos, binge drinking, disparition volontaire, jeux de non-oxygénation, etc), mais le concept peut aussi être bien plus heureux : "L’écriture, la lecture, la création de manière générale, la marche, le voyage, la méditation, etc. sont autant de refuges aux contours moins acérés que ceux que nous avons souvent arpentés au fil de ce livre. Ce sont des lieux où nul n’a plus de comptes à rendre, une suspension heureuse et joyeuse de soi, un détour qui ramène à soi après quelques heures ou quelques jours, ou davantage. Des moyens délibérés de retrouver sa vitalité, son intériorité, le goût de vivre."

Sunday, January 22, 2017

2016 en chiffres

Pour les années précédentes, voir ici : 20152014, 2013, 2012 et 2011.

En 2016, j'ai acheté 6 albums (+1)
Le dernier Kenny Garrett, "Do Your Dance!", dans la lignée de ses derniers albums, donc bon, mais sans véritable surprise. 
Le dernier Keith Jarrett, "A Multitude of Angels", un coffret de 4 CD, comprenant quatre concerts solo de la tournée italienne de 1996, les derniers suivant le schéma classique "première partie de 30-45 minutes, seconde partie de 30-45 minutes, puis un ou plusieurs rappels beaucoup plus courts". Un bon album, quelque part un peu historique. On sent ces dernières années que Keith Jarrett cherche à compléter sa discographie avec des enregistrements qu'il considère importants. C'est un processus conscient, dont il a parlé dans plusieurs de ses interviews. 
Pour la quatrième année consécutive, j'ai acheté le dernier volume de la "Bootleg Series" de Sony consacré à Miles Davis, "Miles Davis Quintet: Freedom Jazz Dance: The Bootleg Series, Vol. 5". Le premier volume a paru en 2011. Pour la première fois, il s'agit d'enregistrements studio et, en particulier, de bouts d'enregistrements non édités (session reels) où l'on peut entendre Miles donner des instructions à ses musiciens. Il s'agit donc d'un album archivistique plus qu'artistique. J'aime beaucoup le principe et espère que Sony sortira d'autres compilations similaires à l'avenir. 
J'ai également acheté deux albums de musiciens de jazz suisses découverts au festival JazzOnze+, Florian Favre et Rosset Meyer Geiger, ainsi que "TurnItUp" d'Ida Nielsen, la dernière bassiste de Prince. 
Je n'ai par contre pas acheté la compilation "4Ever" de Prince, contenant 39 classiques, mais aussi un inédit, "Moonbeam Levels", qui circule chez les fans depuis la fin des années '80 et qui, bizarrement, n'est disponible sur cette compilation qu'avec une qualité sonore similaire à ce qui circulait déjà... Prince a accumulé des centaines, voire des milliers d'inédits dans ses coffres, sans compter des milliers d'heures d'enregistrements de concerts, de répétitions et de soundchecks. Je n'ai donc pas envie d'encourager ce genre de compilations faciles. Prince mérite mieux que ça. On verra donc ce que l'avenir nous réserve (une édition spéciale de "Purple Rain" devrait être publiée en 2017).
En 2016, j'ai écrit 22 articles sur mon blog (+10)
C'est nettement plus que les années passées. Cela fait maintenant plus de 10 ans que j'ai commencé mon blog. J'essaie d'écrire plus régulièrement, plus spontanément. Ce dernier point me tient à coeur. J'accompagne d'ailleurs l'écriture sur mon blog par des sessions d'écriture spontanée, pour me "dérouiller", pour m'échauffer, en quelque sorte. Cette année, j'ai également ressenti un gros besoin de m'exprimer sur nos problèmes liés à notre appartement (quatre articles sur le sujet).
En 2016, j'ai atteint 22 des 22 buts annuels que je m'étais fixés
Comme l'année passée, il s'agissait de buts assez peu ambitieux, liés à la culture, la lecture, l'écriture, l'archivage, la programmation, la méditation, le sport, les dons/ventes d’objets, etc. C'est une manière de me forcer à faire certaines choses sur la durée, plutôt que selon des impulsions ou des envies de début d'année, qui ne durent jamais longtemps (on sait ce qui arrive aux fameuses bonnes résolutions...).
En 2016, j'ai vu 19 concerts (+6)
Dont un opéra ("Faust", à l'Opéra de Lausanne). J'ai vu beaucoup de concerts de qualité, dont ceux de Wayne Shorter, John McLaughlin, Bill Evans, Darryl Jones, Dennis Chambers & Dean Brown, Marcus Miller et Aziza (Dave Holland, Chris Potter, Lionel Loueke & Eric Harland). Depuis le décès de Prince, je me dis régulièrement que j'aimerais beaucoup revoir Keith Jarrett, que je n'ai pas vu depuis 2010. Je pense que je serais à nouveau prêt à voyager pour le voir. On ne sait jamais ce qui peut arriver... J'ai malheureusement manqué la fin de son superbe trio avec Gary Peacock et Jack DeJohnette en 2013/2014, trio que j'ai eu la chance de voir onze fois.
En 2016, j'ai suivi 1 cours sur Coursera (+0)
Il s'agissait d'un cours de programmation parallèle en Scala, dont j'attends la suite, qui devrait être disponible en 2017. J'avais aussi commencé le cours de deep learning de Google sur Udacity, mais ai laissé tomber, faute de temps. Cette année, je compte me former en autodidacte à Deeplearning4j, une librairie Java et Scala (avec un petit projet pratique qui me tient à coeur, si j'en ai le temps !).
En 2016, j'ai fait 110 sessions de crosstrainer (38 heures au total) (+39)
Nette amélioration depuis 2015 : j'ai mis à profit les horaires plus matinaux que les miens de ma femme. Depuis quelques mois, j'accompagne ces sessions d'une petite série de pompes. J'observe déjà des progrès, mais je ne me fais pas non plus trop d'illusions...
En 2016, j'ai reçu (resp. envoyé) 16658 (resp. 2906) emails (-2279/ -684)
C'est mieux qu'en 2014-15 (mon but étant de recevoir le moins de mails possible), mais je peux encore faire mieux. Il faut que je prenne l'habitude de me désinscrire des listes de distribution qui ne m'intéressent pas et que je favorise les envois hebdomadaires plutôt que quotidiens pour les listes/services qui m'intéressent.
En 2016, j'ai vu 6 expositions (+1)
A Copenhague, Berlin, Lausanne et Martigny. C'était la première fois que j'allais au Louisiana Museum of Modern Art à Humlebæk (près de Copenhague) et au Ny Carlsberg Glyptotek (à Copenhague même). Deux belles découvertes, dans des styles très différents.
En 2016, j'ai vu 31 films (-6)
Dont 19 au cinéma et un dans l'avion. J'ai revu les 3 films principaux de Prince à la Cinémathèque, pour des raisons émotionnelles bien plus que cinématographiques (quoique "Purple Rain" n'est pas trop mal, si l'on s'en tient aux scènes musicales). J'ai vu 3 films avec un orchestre ("Fantasia 2000" et deux courts films muets de Chaplin), 7 films du top 10 d'IMDb (j'avais déjà vu les 3 autres), ainsi que les 3 films restants des frères Coen que je n'avais pas encore vus. C'est suffisamment rare pour que je le mentionne : j'ai vu un bon film de science-fiction, à savoir "Arrival", qui a été bien accueilli par le public. Autre film que j'ai beaucoup aimé mais qui n'a pas forcément une note exceptionnelle sur IMDb : "Captain Fantastic".
En 2016, j'ai lu 12 livres (+1)
Dont une minorité de fiction (seulement 5 livres), contrairement à l'année passée. J'ai lu un classique de la science-fiction, "Childhood's End", un classique tout court, "Le Petit Prince", et j'ai relu "L'Insoutenable Légèreté de l'être", que j'ai (à nouveau) beaucoup aimé (j'ai découvert Kundera durant mon adolescence, je ne l'ai pas lu durant assez longtemps et me demandais si mon intérêt pour lui était toujours là...). J'ai lu 2 livres papier (un que l'on m'a prêté et un que l'auteur m'a donné) et tout le reste sur mon nouveau Kindle Voyage, que j'ai dû acheter pour remplacer mon ancien Kindle Keyboard de 2011, défectueux. Petite déception : je dirais que 4 de mes lectures se sont révélées mauvaises ou moyennes. Je vais essayer de faire mieux en 2017 (mon temps de lecture étant précieux).
En 2016, j'ai médité 210 fois (70 heures au total) (+68)
J'avais prévu d'essayer de méditer plus fréquemment (les jours de la semaine). C'est chose faite. J'ai tout de même eu plus de problèmes de motivation en seconde moitié d'année. Aurais-je atteint la limite de mon intérêt pour la méditation ? A suivre...
En 2016, j'ai écouté 3593 morceaux de musique (-1097)
A l'heure où j'écris ces lignes, la page "Your year in music" de Last.fm ne prend en compte que les données des 11 premiers mois de 2016, pour une raison que j'ignore. Selon cette page, j'ai écouté 139 artistes, dont, en tête de liste et ça n'est pas étonnant, Prince, Keith Jarrett et Miles Davis, mes idoles musicales. Suite à son décès, j'ai essayé de me familiariser un peu plus avec David Bowie, mais je dois admettre que sa musique me touche peu. J'adore "Life on Mars", que je trouve absolument brillant, mais, pour l'instant, ça s'arrête là (pour résumer). Pour combler le vide laissé par Prince, j'ai également essayé d'écouter d'autres artistes, qui ne m'ont pas non plus convaincu, comme St. Vincent ou Laura Mvula.
En 2016, j'ai vendu, donné ou recyclé 52 objets (-4)
Symboliquement un par semaine. J'inclus dans ce total des groupes de livres, de bandes dessinées et d'habits que je ne considère, un peu arbitrairement, que comme un objet unique, les ayant donnés ou vendus en une seule fois. J'ai l'impression que c'est un projet sans fin et que dans cinq ou dix ans, je me débarrasserai toujours régulièrement d'objets de toute sorte. Mais ça fait du bien.
En 2016, j'ai vu 6 pièces de théâtre (-4)
Nous sommes allés 4 fois au Pulloff et 2 fois à Vidy, à Lausanne. C'est la pièce "Dom Juan", mise en scène par Jean-François Sivadier, complètement folle, qui nous a le plus marqués. "Le Cinoche" d'Annie Baker m'a également beaucoup plu, avec une mise en scène plus classique, plus dépouillée, volontairement plus répétitive, mais des dialogues autour du cinéma (la salle et le septième art) qui m'ont vraiment touché, je ne sais pas dire exactement pourquoi. Le côté geek d'un des personnages, peut-être ?
En 2016, j'ai pris 7631 photos (-521)
Beaucoup de photos prises durant nos voyages, mais aussi pas mal de photos prises spontanément, au quotidien. Durant notre voyage en Namibie, nous avons eu l'occasion d'utiliser un appareil reflex avec un téléobjectif  Canon EF 100-400mm, que nous avions loué. Je n'ai pas l'habitude d'utiliser du matériel aussi bon. J'ai vraiment eu beaucoup de plaisir à l'utiliser (pour photographier les animaux, essentiellement). C'est clairement un cas de figure où un smartphone ne peut pas remplacer du matériel de meilleure qualité !
Sans vraiment le vouloir, j'ai désactivé l'option "Live Photos" de mon iPhone. Je pense qu'il s'est écoulé plusieurs mois avant que je le réalise. Cela en dit long sur l'utilité perçue de cette fonctionnalité... Du coup, je n'ai pas accumulé trop de fichiers MOV avec mes photos, comme je le "craignais" l'année passée.
En 2016, j'ai déposé 1 plainte pénale
Toujours pour nos problèmes d'appartement. Le vent semble avoir tourné. Le procureur prend jusqu'à présent au sérieux les plaignants, dont nous faisons partie. J'espère que 2017 nous apportera de bonnes nouvelles sur ce front.
En 2016, j'ai écouté 122 podcasts (+5)
C'est une activité à laquelle je m'étais mise sérieusement début 2015, lorsque j'ai dû passer des transports publics à la voiture pour me rendre au travail. J'écoute beaucoup le podcast de Sam Harris, ainsi que Very Bad Wizards, dont je suis en train d'écouter d'anciens épisodes. J'ai aussi beaucoup écouté le Peach & Black Podcast, qui est malheureusement beaucoup moins actif depuis le décès de Prince. J'ai également eu une période Tim Ferris, mais, si ses invités sont intéressants, j'ai toujours un peu de peine avec le personnage. Bref, j'ai tendance à tourner autour des quelques podcasts que j'apprécie le plus et cela se fait au détriment d'une certaine diversité.
En 2016, j'ai fait 3 randonnées (-3)
J'inclus dans ces trois randonnées une sortie en ski de randonnée, la première depuis très longtemps (plus de vingt ans ?). Très peu de randonnées, donc. C'est pourtant une activité que j'aime beaucoup (contact avec la nature, méditation en marche, etc.). J'essaierai de faire un effort dans ce domaine en 2017.
En 2016, j'ai eu 4 rhumes (+1)
Il semblerait que mon traitement au Dymista n'ait pas été très efficace... J'attends donc toujours le "traitement miracle". Il y a quelques années, le BTA798 m'avait redonné espoir. Cette année, c'est le SynGEM.
En 2016, j'ai commencé à regarder 2 séries télévisées (-3) et terminé 28 saisons (+15)
Nous avons dévoré Game of Thrones, dont nous avons regardé les saisons 2 à 6 en l'espace de quelques mois. Nous avons adoré la première saison de Westworld. Nous avons aussi terminé, avec pas mal de retard, Community et Moone Boy, dont il ne devrait pas y avoir de nouvelles saisons. Deux bonnes séries également, qui me manqueront. De mon côté, j'ai regardé pas mal de séries seul, en faisant mon sport du matin :  Silicon Valley (saison 3), Curb Your Enthusiasm (saisons 2 à 8), Rick and Morty (saisons 1 et 2) et Louie (saisons 1 à 5). De bonnes séries, mais je crois que c'est cette dernière, Louie, pour laquelle j'ai eu un coup de coeur : il s'agit d'une série drôle, touchante, poétique, parfois bouleversante.
En 2016, j'ai publié 746 tweets (-464)
C'est mon "pire score" depuis 2011, peut-être dû à une certaine fatigue des réseaux sociaux. Paradoxalement, je me suis remis à Facebook depuis août 2016, après deux ans de pause. Ces deux réseaux sociaux sont très frustrants, chacun à sa manière. L'une de mes résolutions pour 2017 est de les utiliser plus parcimonieusement (car je les juge malgré tout utiles). Je le fais déjà avec Twitter, en utilisant des listes, mais je compte suivre une approche similaire avec Facebook, plutôt que d'essayer, vainement, d'ajuster sans cesse des paramètres en espérant avoir un jour un fil d'actualité (news feed) qui me convienne. Je suis certain que le marchine learning sera un jour très utile pour filtrer les informations qui nous intéressent, mais les algorithmes actuels sont encore loin d'être au point.
En 2016, j'ai voté 4 fois
L'initiative qui m'a le plus intéressé est l'initiative "Pour un revenu de base inconditionnel". C'est un sujet qui me tient à coeur. On a parlé de la Suisse dans le monde entier. L'initiative a malheureusement été largement balayée (76.9% de non). Oui, c'était peut-être trop tôt, mais c'est dommage quand même. Disons que c'est l'occasion de voir le chemin qu'il reste à parcourir jusqu'à un système auquel, à mon avis, nous ne pourrons pas échapper.
En 2016, j'ai fait 3 voyages/séjours (+0)
A Copenhague, une ville que je ne connaissais pas et que j'ai beaucoup aimée, ainsi qu'en Namibie, un pays absolument magnifique, contrasté et dépaysant, que j'espère pouvoir à nouveau visiter un jour. En fin d'année, nous sommes également retournés à Berlin, pour Nouvel An. C'était mon dix-septième séjour à Berlin, le premier depuis trois ans. Une sorte de "pèlerinage", en quelque sorte.
Mes priorités pour 2017 sont de terminer notre appartement, dans lequel nous habitons depuis bientôt deux ans (énormément de travaux non achevés, de défauts à corriger, etc.) et de me concentrer à nouveau un peu plus sur ma santé et mon développement personnel. Je vais aussi mettre en pratique quelques idées liées à l'altruisme efficace (GiveWell), idées qui m'avaient vraiment fait beaucoup réfléchir il y a quelques mois. J'ai également l'intention de revoir quelques personnes que je n'ai pas vues depuis longtemps. Globalement, pas de changements radicaux, mais je suis plutôt satisfait avec la vie que je mène actuellement, même s'il est toujours possible de faire mieux.

Tuesday, December 20, 2016

Troublant Bernard Stiegler...

En novembre, j'ai lu un court livre de Bernard Stiegler, "L'emploi est mort, vive le travail !". On m'avait recommandé de m'intéresser à ce penseur, vu mon intérêt presque obsessionnel pour l'intelligence artificielle, l'automatisation du travail, la singularité technologique, les voitures sans conducteur, etc. Je ne connaissais rien de lui. J'ai choisi ce livre uniquement à cause de sa brièveté (120 pages).

Je me retrouve un peu "frustré" au terme de cette lecture. Stiegler a un language qui correspond peu à ma sensibilité. J'aime les philosophes qui utilisent des mots simples et font des efforts pour rendre leurs idées le plus compréhensibles possible. Mais, ça, c'est mon problème. Ça ne concerne pas le fond de son discours.  

Sur le fond, donc, son discours rejoint a priori le mien.

Je cite : "L’emploi a donc progressivement fait disparaître le travail, depuis un siècle et demi, avec les différentes étapes de la prolétarisation des travailleurs, puis des consommateurs, et maintenant, cet emploi est lui-même en train de disparaître, suite à la généralisation de l’automatisation dans tous les secteurs de l’économie…"

Plus loin : "La robotisation ne peut que nuire à l’emploi, et il n’est pas vrai que les emplois créés par la production des robots compenseront ceux détruits par ces mêmes robots."

A priori toujours, j'adhère donc à son discours, qui, on pourrait le penser naïvement, rejoint celui de Ray Kurzweil, par exemple.

Mais Stiegler semble rejeter les conclusions ultimes de Kurzweil, qui évoquent des scénarios de science-fiction : "[...] je crois qu’à l’époque des études digitales, des spéculations « post-humanistes » et du storytelling transhumaniste (libertarien de droite et extrêmement dangereux), il faut en repenser de part en part les conditions de possibilité [...]".

Au-delà de la forme, le discours de Stiegler est aussi affaibli par le fait que, lorsque Kurzweil passe des centaines de pages à justifier le fait que les machines vont nous remplacer, Stiegler n'explique à nulle part dans son livre comment il arrive à la conclusion que nous allons devoir faire face à une "automatisation dans tous les secteurs de l’économie". Il ne parle à aucun moment de l'histoire de l'informatique, de l'intelligence artificielle, du deep learning, des succès récents dans ce domaine, etc.

On dirait que sa conclusion est plus le résultat d'une observation de la société, une sorte d'extrapolation "évidente", implicite, alors que celle de Kurzweil est issue d'une analyse plus rigoureuse, celle d'un ingénieur, qui ne peut s'empêcher d'enchaîner les graphes.

Ou alors aurait-il fallu que je lise au préalable d'autres livres de Stiegler ? Si oui, lesquels ? Pour moi, un livre doit se suffire à lui-même. A nouveau, j'aime les penseurs qui font des efforts pour se rendre accessibles.

Autre point troublant : même après avoir lu les 120 pages de "L'emploi est mort, vive le travail !", je n'arrive toujours pas à dire clairement si Stiegler pense que l'intelligence artificielle va être capable de faire mieux que l'être humain dans tous les domaines (y compris artistiques, par exemple) ou si, pour lui, seul ce que nous considérons aujourd'hui comme "emploi" est en danger. Ce qui serait une erreur.

Bref, j'ai donné une chance à Bernard Stiegler, qui semble être quelqu'un de très intelligent, mais sa sensibilité, ce qu'il a à dire sur des sujets qui me passionnent, ne me parlent pas. J'aurai au moins essayé...

Tuesday, November 29, 2016

Végétarisme/véganisme : vers une démarche efficace

Je suis récemment tombé sur un article intitulé "Do-Gooder Derogation: Disparaging Morally Motivated Minorities to Defuse Anticipated Reproach", datant de 2011. Je ne sais pas s'il s'agit d'un article de qualité. Je n'ai pas l'habitude de lire ce genre de publications, en particulier dans le domaine de la psychologie.

En voici néanmoins quelques extraits :
  • "While societies may differ on what it means to be moral, they agree that it is good to be so."
  • "Consider vegetarians. Examples of the resentment toward this relatively harmless group abound in Western culture."
  • "Vegetarians report being frequently pestered about their choice."
  • "Moral reproach, even implicit, stings because people are particularly sensitive to criticism about their moral standing."
  • "Because of this concern with retaining a moral identity, morally motivated minorities may be particularly troubling to the mainstream and trigger resentment."
  • "The hypothesis presented above is consistent with a long research tradition showing that individuals will respond to self-threat by putting down the source of the threat."
  • "If meat eaters derogate vegetarians, then they are more likely to be doing so because of the resentment triggered by anticipated moral reproach than because of any discomfort regarding eating meat."
  • "Furthermore, the more participants expected vegetarians to exhibit such moral superiority, the more negative were the associations they generated."
  • "The fact that we observed a significant shift in ratings of vegetarians as a result of such a subtle manipulation demonstrates just how sensitive individuals are to moral threat."
  • "Though speculative at this point, this interpretation raises the intriguing possibility that under conditions of threat, do-gooder derogation has the ironic effect of making the message of do-gooders more palatable. Having shot the messenger, participants may have felt less urge to also burn the message."
  • "Anticipated moral reproach is aversive and participants reacted to it by putting down the presumed source."
  • "To be sure, do-gooder derogation is better described as a puzzling ambivalence toward principled others than as outright negativity."
  • "[A]lthough vegetarians do look down on meat eaters’ morality somewhat, they are less selfrighteous than they are perceived to be."
  • "The opportunity to derogate do-gooders may have the ironic aftereffect of making majority members less resistant to minority values in the face of threat. This finding brings to mind Moscovici’s analysis of minority influence (1985) as sometimes leading to private conversion, even in the face of public rejection."
En résumé et si je simplifie à l'extrême, les végétariens sont mal perçus par les non-végétariens, car ils sont considérés comme moralisateurs (dans le sens péjoratif du terme), même s'ils ne le sont pas vraiment. Il suffit pour un non-végétarien de penser au "jugement potentiel" qu'un végétarien pourrait porter sur lui pour que le non-végétarien développe automatiquement un préjugé négatif par rapport au végétarien. Si je résume encore plus : on n'aime pas être critiqué et encore moins lorsqu'il s'agit, explicitement ou non, de ses valeurs morales.

Ces derniers mois, j'ai vécu quelques évènements qui m'ont personnellement rappelé qu'effectivement, il n'est pas tous les jours facile d'être végétarien. Il y a eu une "attaque" désagréable à mon encontre sur Facebook, après deux ans d'absence sur ce réseau social. Un ancien collègue vegan m'a à cette occasion avoué avoir voulu quitter Facebook à cause de réactions similaires. Il y a aussi eu la déception causée par un discours - que je qualifierais de facile, voire intellectuellement paresseux - de la part de Sam Harris, que je tends pourtant à admirer, en temps normal.

Cet article me rassure donc un tout petit peu : non, il ne s'agit pas de paranoïa ; il y a réellement, globalement, un sentiment négatif à l'égard des végétariens. Ce sentiment est parfois "mérité", si tant est qu'il puisse vraiment l'être, mais il est souvent lié à un préjugé, au sens premier du terme.

Je ne veux pas tomber dans le piège de la victimisation. Question discrimination, il y a bien plus à plaindre que les végétariens, les végétaliens ou les végans. Il y a toutefois une remise en question, peut-être, à entamer.

Au risque de rendre cet article plus confus qu'il aurait besoin de l'être, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec une lecture récente : "Everybody Is Wrong About God", de James A. Lindsay. Dans ce livre, Lindsay défend la position que les non-croyants ne devraient désormais plus se positionner, s'organiser ou se définir en tant qu'athées, mais raisonner comme si nous vivions déjà dans une société post-théistique, car le débat philosophique concernant l'existence ou non de Dieu est réglé depuis longtemps. La question, désormais, est de savoir comment dialoguer avec les croyants de la manière la plus productive possible (par exemple avec des approches telles que la Street Epistemology de Peter Boghossian ou le Outsider Test for Faith de John W. Loftus), comment développer la laïcité, la science, etc. Bref, comment aborder la problématique d'une manière plus constructive, moins dans l'opposition.

Si j'essaie de faire un parallèle avec le végétarisme/véganisme, il s'agit alors de reconnaître que le débat moral est clos : je ne connais personne capable de défendre sérieusement la position qu'il est moral de faire souffrir inutilement des animaux. Aussi, et cela me coûte de l'admettre, mais il est peut-être déjà temps de laisser tomber des termes tels que "végétarien" ou "végan", parce qu'ils sont connotés, il est vrai, mais aussi parce qu'il faut aussi systématiquement les expliquer, les préciser. "Je ne mange ni viande ni poisson" ou "je ne consomme pas de produits animaux", c'est finalement plus clair et cela nous rappelle que ça n'est pas l'identité de végétarien/végan qui est importante, mais la démarche éthique.

Une présentation que j'ai découverte très récemment, destinée aux végans, très bien argumentée, va d'ailleurs en partie dans le sens de ce que je viens d'évoquer.

J'ajouterai encore que j'ai également eu des réactions négatives, ces derniers temps, en parlant de manière (peut-être naïvement) excitée à propos du travail de Will MacAskill, de l'altruisme efficace, de GiveWell, etc. Il semblerait que, dès que l'on parle de sujets éthiques, les gens deviennent particulièrement défensifs, même s'il est question de démarches positives.

Que faire, donc ?

Une note positive, tout de même, dans l'article que j'ai cité au début, est que les végétariens ont beau être mal perçus, leur message est susceptible de passer malgré tout (l'article mentionne le concept de conversion privée).

Je ne pense pas qu'il soit souhaitable de laisser tomber la discussion. J'ai toujours l'intention de parler de ma démarche, mais je vais essayer de le faire le plus diplomatiquement possible, en gardant à l'esprit que les gens en face de moi se sentent forcément jugés, indirectement, et aussi qu'au bout du compte, je passerai toujours pour quelqu'un de plus ou moins moralisateur. Ça fait partie de la dynamique de ce genre de discussions. Il faut l'accepter et aller de l'avant.

C'est quelque chose que j'ai aussi appris en écoutant Will MacAskill : il est possible de changer les choses simplement en donnant son argent, par exemple via des campagnes de financement participatif (crowdfunding). Je l'ai fait encore récemment pour Memphis Meats, une société dont le but est de commercialiser de la viande artificielle, produite à partir de cellules animales.

En attendant, je ne peux que me réjouir du fait que le nombre de végétariens, végétaliens et végans augmente sans cesse et que l'offre destinée à ce segment de la population, même dans les supermarchés, devient de plus en plus variée. Contrairement à ce que certains prétendent, on n'a pas affaire à un phénomène de mode, mais à une véritable tendance, probablement définitive. Une fois la masse critique atteinte, la situation devrait alors devenir moins conflictuelle.

Tuesday, October 25, 2016

L'écriture spontanée : une alternative à la méditation ?

J'aime bien me laisser inspirer par Buster Benson. Ma vision du monde dérive partiellement de son codex. Comme lui, j'aime bien faire des revues annuelles. Il a un côté geek assumé qui me plaît beaucoup. C'est donc avec un intérêt marqué que j'ai lu au début de cette année son article "Better than meditation", dans lequel il décrit les difficultés qu'il a rencontrées en tentant de faire de la méditation une pratique régulière. Il y explique aussi qu'il a finalement trouvé dans l'écriture spontanée une alternative sérieuse à la méditation, qui marche bien mieux pour lui.

Je me suis donc inscrit sur un site que Buster a lancé, 750 Words, et ai joué le jeu durant toute la période d'essai. Durant un mois, en avril 2016, j'ai écrit 750 mots par jour, tous les jours ou presque (29 jours sur 31, pour être exact). L'idée de l'écriture spontanée est de se forcer à écrire, sans arrêt, durant une durée ou un nombre de mots donnés. En l'occurrence, il s'agit d'atteindre 750 mots à chaque session d'écriture. On peut écrire sur tout ce qui nous passe par la tête. En cas de panne, il est possible d'écrire n'importe quoi, sans forcément respecter les règles grammaticales. Le but est de continuer à écrire, coûte que coûte. En réfléchissant le moins possible. Pas de plan. Pas de correction. Le texte doit être écrit du début à la fin, sans retour en arrière. 750 mots correspondent environ à trois pages. Pour ma part, je parviens à écrire cette quantité de mots en un peu plus d'un quart d'heure.

Le site 750 Words est bien réalisé. L'interface est épurée. L'éditeur de texte, la fonctionnalité principale du site, est simple. Un compteur affiche en permanence le nombre de mots écrits. Le texte est sauvegardé automatiquement, à intervalles réguliers. Aucun bug ne vient interrompre le processus d'écriture, sur lequel on peut se concentrer complètement. A la fin de chaque session, il est possible de visualiser des statistiques, sur la dernière session, mais également sur l'ensemble des sessions d'écriture. Les textes écrits restent privés, bien entendu. Il est possible de les exporter facilement.

C'est d'ailleurs ce que j'ai fait dès mai 2016. Passé la fin du mois d'essai sur 750 Words, il aurait fallu que je paie pour continuer à utiliser le site. J'ai trouvé le prix demandé (5 dollars par mois, soit 60 dollars par an) beaucoup trop élevé par rapport aux fonctionnalités proposées. J'aurais été prêt à payer 12 dollars par année, à la rigueur (et encore...). A 60 dollars par an, 750 Words se trouve juste en dessous du prix de Headspace, par exemple, qui propose pourtant beaucoup plus de contenu et de fonctionnalités.

Je me suis donc mis à utiliser le premier éditeur en ligne gratuit proposant un compteur de mots que j'ai trouvé : Dillinger. A la base, il s'agit d'un éditeur Markdown, mais il est possible de l'utiliser comme éditeur de texte pur (i.e. sans mise en page). Pour mesurer le temps, je tape juste "timer" dans Google (mode chronomètre). Enfin, je copie-colle le résultat dans un document Google Docs. C'est à peine plus compliqué que 750 Words. Evidemment, je n'ai pas de statistiques concernant mes sessions d'écriture, mais l'essentiel est là : l'écriture spontanée.

Depuis le mois de mai, j'ai également diminué la fréquence de mes sessions d'écriture, passant à une ou deux sessions par semaine, puis finalement à une session seulement par semaine. Comme je médite déjà chaque jour et que je tiens également à jour un journal personnel, il me paraissait trop contraignant de continuer à maintenir une session d'écriture spontanée par jour. Pour référence, mon journal personnel pour 2015 contient 155'851 mots, ce qui correspond déjà à 427 mots par jours.

Quelles sont mes conclusions concernant l'écriture spontanée ? Tout d'abord, je vois bien le lien avec le méditation. Dans un cas comme dans l'autre, il peut s'agir d'un moyen de "canaliser" nos "voix dans nos têtes". De les observer. De les accepter. Il s'agit aussi d'être le plus possible dans le moment présent. Dans la pratique, il me semble toutefois que l'écriture spontanée s'apparente beaucoup plus à un journal personnel, à un blog, qu'à une tentative de découvrir la véritable nature de notre esprit.

Il me semble que la méditation est également plus exigeante. L'écriture spontanée consiste à maintenir son attention, à être dans le moment présent, en continuant à faire quelque chose d'actif (i.e. écrire). La méditation, elle, consiste également à maintenir son attention, à être dans le moment présent, mais en "ne faisant rien". Ou, tout du moins, en se concentrant sur quelque chose qui est déjà là, comme la respiration.

J'ai toutefois retrouvé un plaisir certain à écrire de manière plus spontanée, comme je le faisais lorsque j'étais adolescent. Mon journal personnel est aujourd'hui devenu quelque chose de plus contraint. Je raconte ma journée, le plus souvent chronologiquement. J'y inclus quelques commentaires, plus libres. Je ne rédige pas de phrases. J'essaie d'être le plus concis possible. Il correspond presque à ce qu'on pourrait appeler en informatique un journal des évènements (event log, en anglais)

Pour moi, ces deux activités (écriture spontanée et méditation) sont donc complémentaires. J'ai retrouvé quelque chose qui m'avait manqué, l'écriture spontanée, qui vient désormais compléter mon journal personnel, plus concis, moins créatif. La méditation, quant à elle, est un exercice moins mécanique, peut-être, plus intellectuel, et qui s'intègre plus à ma vie de tous les jours (exercices réguliers tout au long de la journée).

Wednesday, October 5, 2016

Le purisme végétarien

Comme l'article "Souffrances bovines et esclavagisme", que j'ai écrit il y a à peu près une année, cet article est une réaction à une discussion privée autour du sujet du végétarisme. Cette fois-ci, il était essentiellement question de l'attitude de Sam Harris par rapport au végétarisme, ainsi que du purisme végétarien, c'est-à-dire l'attitude consistant à vouloir être absolument végétarien à 100%.

Voici donc ma réaction à quelques points importants :
  • La position de Sam Harris est étrange, voire incohérente. Globalement, je suis d'accord avec ces commentaires sur Reddit. Sam Harris explique, et je peux le comprendre, qu'il n'a pas envie d'être identifié comme un végétarien, car ce terme a une connotation négative. Selon lui, il y a un aspect religieux au fait de vouloir être absolument végétarien à 100%. Cette manière de penser me fait un peu penser à l'attitude de Neil deGrasse Tyson par rapport au qualificatif "athée". Tyson refuse d'être défini comme un athée, car il pense que ce terme est connoté et il préfère être présenté comme un scientifique, comme une personne qui vulgarise la science. Pourtant, Neil deGrasse Tyson ne croit pas en Dieu. C'est donc un athée, par définition. Il est un peu ironique pour Sam Harris d'avoir peur d'un label, lui qui est un des athées les plus médiatiques. Depuis quand se soucie-t-il de ce qu'on pense de lui ? Être végétarien à une époque où seule une minorité de la population l'est (en dehors de l'Inde, disons) est forcément connoté. Il est difficile de ne pas passer, au moins un tout petit peu, pour un militant. Cela exige un minimum de courage, peut-être, mais je n'en suis même pas forcément sûr. Difficile de penser que Sam Harris ne puisse pas faire cet effort relativement trivial (pour lui).
  • Le fait que Sam Harris se soit remis à manger du poisson, en particulier, est frustrant. Il est possible d'être végétarien et même végan sans le moindre problème de santé, si l'on fait un peu attention à ce que l'on mange. Je n'ai jamais vu qu'il était nécessaire de manger du poisson pour être en pleine forme. Peut-être est-ce le cas. Je ne demande qu'à être contredit sur la question. Peut-être que certaines personnes ont vraiment besoin de manger du poisson pour être en forme, mais, si tel est le cas, il me semble que des études scientifiques devraient pouvoir le mettre en évidence. Sam Harris passe plusieurs minutes à expliquer que les poissons et crustacés ont un système nerveux moins développé que d'autres animaux. Il ne parle pas du tout de ce qui l'a amené à conclure que sa fatigue était causée par un manque de poisson. A-t-il seulement cherché des alternatives (autres sources de protéines, compléments alimentaires, etc. ?).
  • Il est toutefois absurde de viser un végétarisme à 100% juste pour la "beauté du geste". Sur ce point, je suis complètement d'accord. Éthiquement, il vaut mieux être végétarien à 50% qu'à 10%. Il vaut mieux l'être à 95% qu'à 50%. Il est important d'encourager tout effort dans ce sens et je peux comprendre que quelqu'un essayant de devenir végétarien puisse être découragé par le côté religieux, absolu ou moralisateur des "végétariens à 100%". Cette manière de voir les choses peut d'ailleurs s'appliquer à toutes sortes de domaines : sport, méditation, Getting Things Done, recyclage, etc. Bref, toute activité dont on souhaite faire une habitude. En gros, il s'agit juste de ne pas être trop dur avec soi.
  • Il existe d'ailleurs un néologisme pour désigner les gens souhaitant diminuer leur consommation de viande : flexivore. Je l'ai découvert sur le lieu de mon travail la semaine passée. Je ne sais pas si cela clarifiera les choses. Je ne sais pas si cela prendra ou non. Peut-être que ce terme aura plus de succès que le "bright" censé remplacer un "atheist" soi-disant trop connoté. Qui sait ? Plus comique : faut-il appeler les fromages végan (ou faumages) "Gary" ?
  • Le taux de végétarisme n'est pas complètement linéaire. Je m'explique. Être végétarien à 20% n'est pas deux fois plus dur que de l'être à 10%. L'être à 100% n'est pas cinq fois plus difficile que de l'être à 20%. Je note en passant que, même en ne mangeant pas de viande volontairement, il m'est arrivé d'en manger involontairement. Cela m'arrivera probablement encore. Cela ne m'empêche pas de dormir. Donc on ne peut être végétarien à 100% qu'en considérant uniquement la consommation volontaire de chaire animale. Ce détail technique clarifié, il me semble que lorsque l'on se trouve dans une démarche motivée par des considérations éthiques, on tend naturellement vers un végétarisme "pur", sans forcément vouloir l'atteindre explicitement. La barre des 100% n'est pas forcément un but en soi, plus une sorte d'effet secondaire. La difficulté pour passer d'un végétarisme à 80% à un végétarisme à 100% n'est donc pas si grande qu'on pourrait le penser au premier abord.
  • Il ne faut toutefois pas sous-estimer la différence conséquentialiste entre être végétarien à 80-95% et l'être à 100%. Dans le contexte d'une réflexion éthique, cela me semble étrange de vouloir faire des exceptions, qui sembleraient indiquer que la souffrance animale, motivation de la démarche à l'origine, n'est pas si grave que cela. Il me semble qu'à terme, rester végétarien à 95% et ne pas faire le "pas final" donnerait donc un mauvais signal aux gens, en quelque sorte. Mais, à nouveau et j'insiste, le fait de faire des exceptions au début d'une démarche visant à devenir flexivore, végétarien ou végan devrait au contraire être encouragé, si cela facilite les choses.
  • Je me répète par rapport à mon dernier article, mais le végétarisme n'est pas un handicape social si important. Au début, il est possible d'oublier d'avertir quelqu'un chez qui l'on est invité que l'on est végétarien, mais, avec le temps, cela devient un réflexe et il devient vraiment impossible de ne pas y penser. Il est également toujours possible de proposer d'apporter quelque chose pour dépanner. Je me suis personnellement rarement retrouvé dans des situations embarrassantes (ou alors ma mémoire est sélective...). Enfin, oui, les végétariens et végans parlent parfois trop de leur démarche, mais cela ne doit pas empêcher non plus d'avoir un minimum de dialogue sur le sujet, sans trop insister et y passer une soirée entière. On peut rappeler les définitions (ex. différence entre végétarien, végétalien et végan), donner simplement les raisons de la démarche (traitement des animaux, etc.), puis passer à autre chose.
  • L'analyse de la situation imaginaire de la salade avec du bacon est incorrecte, à mon avis.  Une personne végétarienne ou souhaitant l'être commande une salade dans un restaurant. Le serveur arrive avec une salade contenant du bacon. Une analyse conséquentialiste possible est de se dire que, puisque le bacon est là, autant le manger. Exiger une nouvelle salade signifierait de toute façon que le bacon sera jeté. Le cochon est mort. Le bacon est là. Autant en profiter. Il s'agit là pour moi d'une analyse incomplète. Il ne faut pas oublier que le restaurant propose un service. Manger la salade avec le bacon, c'est donner un mauvais signal au restaurant. C'est encourager un mauvais service. C'est ne pas entrer dans une relation de discussion constructive (et polie) avec le serveur ou le cuisinier, qui devraient pouvoir apprendre de leurs erreurs, devenir plus sensibles à la question des végétariens. Ou des végans. Ou des personnes intolérantes au gluten. Ou au lactose. C'est aussi une question de respect, peut-être, celui du client. Enfin, pour quelqu'un qui mange encore occasionnellement de la viande, manger du bacon, c'est une possibilité. Pour quelqu'un qui est végétarien depuis 5, 10 ou 20 ans, c'est tout simplement incongru. L'habitude n'est plus là. Le goût est perdu. Et la souffrance qui se cache derrière le bacon est toujours là. Sans vouloir dramatiser, elle provoque un certain type de dégoût, auquel on ne s'habitue jamais.
  • Une fois encore, je me répète, mais il est évident que le végétarisme et le véganisme ne sont pas suffisants. Ce sont toutefois des solutions relativement faciles à mettre en pratique, tout comme le fait de recycler l'est dans certains pays (la Suisse, par exemple). Il ne faut pas le faire juste pour se donner bonne conscience, mais ce sont des démarches qui doivent s'inscrire dans quelque chose de plus général. Comme je l'expliquais récemment sur Facebook, dans un débat quelque peu mouvementé, je ne serais pas étonné que les végétariens et végans, en moyenne, soient plus sensibles à d'autres problématiques similaires (conditions de travail dans certains pays, écologie, etc.). Il s'agit en quelque sorte d'une porte d'entrée dans une réflexion éthique plus globale, certainement pas d'une fin en soi.

Tuesday, September 20, 2016

10 ans

Cela fait dix ans exactement que j'ai publié mon premier article sur ce blog. J'y ai depuis publié 90 articles, dont 60 rien que ces cinq dernières années. A l'époque, Blogger me semblait être un choix raisonnable pour m'exprimer publiquement sur internet. Il y a fort à parier que j'opterais aujourd'hui pour une alternative (Medium, self-hosting, etc.).

Ça n'est qu'en juin 2007, respectivement en février 2008, que j'ai ouvert un compte sur Facebook, respectivement sur Twitter. A l'exception d'une "pause Facebook" de plus de deux ans entre 2014 et 2016, je me suis également beaucoup servi de ces deux réseaux sociaux pour m'exprimer et débattre.

A l'heure actuelle, mon blog est complètement public, indexé par les moteurs de recherche, mais, paradoxalement, c'est l'espace où je me sens le plus libre pour m'exprimer. Noyé dans la masse, dénué de toute dimension de réseau social, il est automatiquement moins visible, moins scruté. Au contraire, sur Facebook, je sais que chacun de mes statuts sera vu en tout cas par quelques dizaines de personnes que je connais. Je me sens donc obligé de peser mes mots, en quelque sorte. Si je ne le fais pas, je sais que je risque de m'exposer à des réactions parfois négatives. Rien d'insurmontable, mais il est parfois usant de débattre, surtout lorsqu'on ne pensait pas provoquer de polémique...

Il y a dix ans, donc, je publiais sur ce blog un résumé d'un livre qui m'avait beaucoup marqué : "The Singularity is Near", de Ray Kurzweil. C'est un sujet qui m'intéresse toujours au plus haut point, mais, en dix ans, les choses ont quelque peu changé.

Ray Kurzweil est devenu depuis un peu moins actif, du moins publiquement. A ma connaissance, il n'a publié que deux livres depuis 2006 : "Transcend" en 2009, ainsi que "How to Create a Mind" en 2012. Après ce dernier livre, il a été engagé chez Google, en décembre 2012. Quelques articles sortent régulièrement sur son travail dans cette entreprise, mais il est difficile de se faire une idée de la réalité de son travail au quotidien. Ce qui est certain, c'est qu'il semble toujours aussi peu convaincu par l'argument de la chambre chinoise de John Searle...

Parallèlement, le concept de singularité technologique, que Kurzweil a participé à vulgariser, semble véritablement se démocratiser. Il y a quelques semaines, dans un restaurant de campagne, j'entendais deux personnes à une table proche de la nôtre discuter de la singularité, entre deux discussions concernant l'actualité. Il y a dix ans, cela m'aurait beaucoup surpris. De nos jours, cela est devenu parfaitement banal (ou presque).

Il faut dire que l'intelligence artificielle, le machine learning et le deep learning sont en plein essor. Si la recherche dans le domaine de l'intelligence artificielle a régulièrement vécu ce que les chercheurs ont appelé des "hivers de l'intelligence artificielle" (AI winter, en anglais), on a plutôt l'impression en ce moment de vivre des moments de frénésie. Il y a eu les succès médiatiques, comme Watson en 2011 et AlphaGo en 2016, mais aussi des succès grand public, comme les algorithmes de reconnaissance vocale utilisés par Siri, Cortana, Google Now, Amazon Echo et autres. Les algorithmes de reconnaissance faciale, reconnaissance de caractères, tagging automatique de photos, etc. sont également devenus monnaie courante. Et, si j'avais parié à l'époque sur des voitures sans conducteur "qui marchent" en 2024, je ne serais désormais plus étonné de les voir apparaître bien plus tôt.

L'optimisme presque sans limite de Ray Kurzweil a aussi laissé place à une certaine inquiétude : si l'intelligence artificielle peut améliorer notre quotidien, on peut aussi facilement imaginer qu'elle serve à rendre réels les pires scénarios de films de science-fiction. Tant que les robots et les armes autonomes restent sous le contrôle des êtres humains, nous n'avons pas trop de souci à nous faire, mais, en tant qu'ingénieur logiciel, je sais que les bugs et les comportements imprévus sont très difficiles, voire impossibles, à éviter. D'où les avertissements réguliers de personnalités telles que Stephen Hawking, Elon Musk ou Bill Gates : nous devons dès à présent réfléchir à des moyens de nous assurer que l'intelligence artificielle ne se retournera jamais contre nous.

Après l'optimisme et l'excitation, la prudence et la maturité, donc. Je ne sais pas ce que les dix prochaines années nous réservent, mais je suis prêt à parier que le temps finira par donner raison à Kurzweil, qui a pourtant longtemps été considéré comme un utopiste.

Tuesday, August 30, 2016

Le paysan qui tue ses bœufs les yeux dans les yeux

Je réitère mon expérience d'il y a deux mois, à savoir publier sur mon blog un email que j'ai écrit récemment. Il s'agit cette fois-ci d'une réaction à l'article "Le paysan qui tue ses bœufs les yeux dans les yeux" (Le Temps, 8 août 2016) :

"Je ne sais pas si ce cas est très éclairant. Il me semble au contraire plutôt anecdotique. Au pire, il laisse même planer l'idée qu'il serait possible de continuer à produire de la viande tel qu'on le fait actuellement de manière humaine. Ce qui me semble impossible. En l'absence de viande artificielle, seule une diminution de la production permettrait un traitement "humain" des animaux.

On ne peut en tout cas pas reprocher à ce M. Müller d'être hypocrite. Il est conscient de la face obscure de l'industrie de la viande. Et il est clair d'un point de vue éthique qu'il vaut mieux un animal abattu comme il le fait que dans les abattoirs traditionnels.

Je trouve dommage qu'il semble victime de confusion quant à ce qu'est vraiment l'antispécisme : il ne s'agit pas de prétendre que les êtres humains et les autres animaux sont égaux, mais de reconnaître plus de droits et, en particulier, le droit à la vie, aux animaux. De même, lorsque l'on parle de donner plus de droits aux femmes, aux homosexuels ou à toute autre minorité, cela ne revient pas à nier les différences entre les individus, qu'elles soient biologiques ou autres.

Il semble être aussi confus quant à ce qu'un monde sans production de viande signifierait du point de vue de l'écologie. Le fait de dire sans autres précisions que la production des légumes/céréales a aussi un impact écologique est une analyse parfaitement incomplète des choses. Une grande partie de la production des légumes/céréales sert déjà à alimenter les animaux...

Bref, d'un point de vue rationnel, son point de vue est simpliste et incomplet.

Et, au final, j'ai de la peine à me débarrasser de l'idée que quelqu'un qui est capable de tuer un être conscient "les yeux dans les yeux" a une dimension fondamentalement psychopathique."